Volcan Etna: un voyage au bout de l'irréel

Tôt le matin (pour Léo) ils rejoignent la gare, et prennent un autobus qui les conduit jusqu'au pied du volcan Etna, mais ils leur restent alors mille quatre cent mètres à gravir.
Dès neuf heures, le température voisine avec les trente degrés. L'anticyclone qui recouvre depuis quelques jours la Sicile maintient un air chaud et sec.
Équipés comme ils ont maintenant l'habitude, nos quatre équipiers s'élancent à l'assaut du géant Sicilien.

Mais laissons la parole à Arno pour raconter son ascension.
" L'ambiance dans le car qui nous conduit à travers les rues de Catane est très conviviale. je suis assis au fond du bus pas loin d'un trio de jeunes hollandaises, alors que 2J et Léo devant moi continuent leur pronostique sur les chances de l'équipe de France de football.
Marcus somnole quelques rangées plus loin, avant qu'un touriste canadien ne vienne lui faire la conversation.
Nous avons à peine quitté Catane, que notre autocar s'arrête sur le bord de la rue et que le chauffeur annonce aux passagers que c'est l'heure de sa pause et que donc l'on reprendra le voyage dans vingt minutes. Nous profitons de cet arrêt pour nous attabler à une table d'un café et de prendre un deuxième petit déjeuner à la grande satisfaction de Léo et Marcus qui apprécient particulièrement les croissants fourrés sicilien.
Après de cet arrêt, nous quittons par le nord la grande agglomération et empruntons un route qui monte doucement en  serpentant entre les cratères.
Au détour d'un virage on découvre enfin le majestueux volcan, impressionnant et attirant. Un épais nuage jaune gris recouvre son sommet.
A dix heures, nous sommes enfin à pieds d'oeuvre. Nous délaissons nos hollandaises et Marcus son Canadien qui vont emprunter comme la plus part des touristes présents le téléphérique pour l'ascension.
Pour notre part, c'est à pieds que nous ferons cette montée. Nous voilà donc partis pour cette grimpée jusqu'au sommet du roi de Sicile.
A son habitude, Marcus est déjà en tête de l'équipage. La tête baissée, le chapeau enfoncé sur le front il marche vite sans se retourner. Je suis déjà en sueur. Heureusement qu'un souffle léger nous accompagne par l'arrière. Le chemin, qui est en fait la piste de ski en hiver grimpe dur. De la roche, rien que de la roche, un paysage lunaire, voilà déjà une heure que l'ascension a commencé et j'ai l'impression d'escalader un immense tas de roches. J'arrive à envier les touristes que l'on voit passer au dessus de nos têtes confortablement assis dans les télécabines. Et Marcus qui poursuit sa montée sans marquer la moindre pause. 2J est un peu en retrait derrière Léo. Je m'arrête quelques instants, le temps de reprendre mon souffle et de boire un peu d'eau. Nous arrivons sur la plateforme qui sert de terminal pour le téléphérique d'où là, les gens prennent un petit autocar chaussé de pneus tout terrain  qui les amènera à quelques deux mille neuf cent mètres d'altitude. Mais nous, après une courte pause, nous reprenons notre ascension, sous le regard un peu surpris des touristes. Délaissant la piste, je suis Marcus au travers des champs de lave. Je comprends maintenant pourquoi Marcus nous disait qu'à la légion il n'y a qu'une seule direction:  droit devant. La pente devient plus pentue. Nous traversons de longues bandes de neige maculée d'une fine couche de poussière de lave. Une photo souvenir, puis la grimpette se poursuit. Nous atteignons un refuge qui sert aussi de terminus pour les minicars tout terrain. Je suis vanné. Je rejoins Marcus assis sur un tas de cailloux. Quelques instants après Léo et 2J nous rejoignent.
- Et bien c'est haut dit 2J avec son éternel sourire.
Nous nous partageons un paquet de biscuits. Nous sommes en sueur. Le soleil est à son zénith, il fait très chaud même à cette altitude.
- Bon les gars, j'ai une mauvaise nouvelle annonce Marcus en revenant de la baraque où sont agglutinés les touristes. Pour poursuivre vers le sommet il faut un guide sans quoi c'est interdit d'aller plus en avant. Et le guide est déjà parti.
Je suis consterné. Quelque peu dépités, nous suivons la cohorte des excursionnistes jusqu'aux cratères situés à quelques distance de là où nous sommes. En tournant le dos au sommet de l'Etna qui fume là haut, je ressens un peu d'amertume. Avoir fait tant d'efforts et être arrêtés au pied du géant, c'est frustrant. Quand d'un seul coup, je vois Marcus qui marche devant moi faire brusquement demi tour. Il arrive à ma hauteur et me dit rapidement dans un souffle.
- On monte.
Et effectivement, passant derrière la baraque nous voilà engagés sur la piste à la conquête du sommet. Je le vois ce sommet, jaune de souffre,, mais j'ai l'impression que l'on n'avance pas. J'ai les pieds qui s'enfoncent dans le sable noir. Notre marche c'est beaucoup ralentie Seul 2J, semble à l'aise et a pris la tête de notre équipe.
Nous contournons le sommet par l'ouest et  donnons enfin l'assaut final au cratère. Nous avons presque atteint le bord du cratère principal quand les premières vapeurs de souffre me prennent à la gorge. J'ai du mal à respirer. De plus il faut faire très attention où nous posons les pieds, pour ne pas s'enfoncer dans une crevasse brûlante. Nous atteignons enfin le bord du cratère. Le spectacle,  qui s'offre à nos yeux est hallucinant, fabuleux et effrayant à la fois. Nous restons sans voix au bord du précipice dont on peut estimer la profondeur à plus de trois cent mètres. Même 2J reste silencieux devant ce panorama que je ressens pendant un instant comme cauchemardesque. Dans ce cratère on perçoit toute la puissance de notre terre et je ne peux détacher mon regard de cette immense crevasse déchiquetée par les éruptions régulières de lave.
Nous multiplions les photos. Mais nous avons de plus en plus de difficulté pour respirer. Nous sommes seuls.
- Et les gars, si on continuait sur cette piste jusqu'au prochain cratère crie 2J qui s'est déjà engagé  sur le tracé après avoir rempli son sac de pierres volcanique et prélevé dans un bocal quelques échantillons de souffre.
C'est pas possible comment il fait pour avoir autant d'énergie. je suis crevé, j'ai mal à la gorge avec ce souffre, et il faut penser redescendre pour ne pas rater le bus du retour.
Marcus a  fait demi tour alors que Léo qui a encore plus de mal que moi à respirer s'est réfugié dans une zone plus ventilée.
- 2J, revient, on rentre, sinon on va mourir asphyxiés.
Marcus entreprend la descente après s'être assuré que le volcanologue 2J nous ait rejoint.
Nous atteignons le refuge qui marquait la limite infranchissable sans guide et que Marcus a baptisé le camp 3. Un court arrêt pour nous rafraîchir puis nous nous préparons à reprendre notre descente jusqu'au parking.
- Bon je parts en courant jusqu'en bas informe Léo.
et s'en attendre de réponse de notre part s'élance sac à dos sur le chemin de pierres.
Marcus qui n'est jamais en reste de ce type de challenge que je considère comme un peu fou, s'élance à son tour, mais comme à son habitude, ne s'encombre pas de pistes ou de chemins, mais choisi le tout terrain et la ligne droite.
Avec 2J, nous préférons rester sur la piste et bien que la déclinaison nous pousse vers l'avant nous ne courrons pas, quand du reste il faut craindre de se tordre les chevilles  sur les pierres.
Le soleil commence à décliner quand nous retrouvons enfin Marcus et Léo à la table d'un bar.
- Vous êtes là depuis longtemps je demande à Léo.
- Trois quart d'heure environ précise Léo. Marcus est arrivé juste un peu avant moi.
Nous nous sommes assis à notre tour et encore tout émis de ce que l'on a vu là haut, nous nous remémorons devant une bière les images dantesques du cratère du volcan Etna.
Le retour en car s'effectue en silence et bientôt nous nous assoupissons pendant que nos petites hollandaises que nous avons retrouvées continuent de rire et de bavarder.
J'ai un peu de mal à retrouver ma démarche en débarquant du car.
Seul Léo insatiable décidemment repart en courant en direction du port; mais cette fois Marcus ne le suit pas.
Durant le trajet retour, je me repasse les images de notre voyage au coeur du volcan et j'avoue être encore impressionné par ce que j'ai vu et je pense garder très longtemps en mémoire les tableaux du volcan Etna."


Catania le 18 juin 2006

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 









 

 

 




 



Au coeur du volcan Etna, voyage en photos

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